-
Lepénisation de Guéant: «Toutes les civilisations ne se valent pas»
Revenir à la liste des articles
Le ministre de l'Intérieur aurait tenu samedi, à l'Assemblée nationale, ces propos lors d'une rencontre entre des élus UMP et l'UNI, syndicat étudiant proche de la droite radicale.
Ce sont deux phrases: "Nous devons protéger notre civilisation". Et: "Contrairement aux socialistes, je pense que toutes les civilisations ne se valent pas". Deux phrases qu'auraient prononcé Claude Géant hier et qui suscitent déjà l'indignation du Parti socialiste.
Ces propos, rapportés par un site internet lié à une école de journalisme de Paris, « Fréquence ESJ »,auraient été tenus samedi à l'Assemblée nationale lors d'une réunion à huis clos avec le syndicat étudiant UNI, liée à la droite radicale. Tristan Maupoil, rédacteur en chef du site, assure par ailleurs que plusieurs militants de l'UNI lui ont confirmé ces propos.
Le ministre de l'intérieur aurait ainsi abordé dans son intervention la place de la civilisation française: "Nous devons protéger notre civilisation" a-t-il affirmé avant d'ajouter: "contrairement aux socialistes, je pense que toutes les civilisations ne se valent pas." Des propos "qui n'auraient pas du quitter le huit clos de cette salle de l'Assemblée nationale. La presse est toujours interdite par l'UNI lors de cette "convergence" annuelle", rappelle le site.
Parmi les premières réactions politiques, via twitter, celle de Harlem Désir, numéro 2 du PS:
Si Claude Guéant reste muet, et n'a pas fait savoir dans l'immédiat s'il contestait ou non avoir tenu ces propos, l'un des membres de son cabinet, lui, justifie ainsi la sortie de son ministre:
Les jeunes socialistes se sont, eux, fendus d'un communiqué. "Claude Guéant se range dans la catégorie de ceux qui différencient et hiérarchisent les hommes, permettant le basculement vers un véritable racisme culturel", assurent les jeunes pousses PS. "Dakar, Grenoble, les campus UMP et maintenant les conventions de l’Uni, la surenchère permanente, dans la division et la haine de l’autre, est écœurante."
De son côté, Cécile Duflot, secrétaire nationale d'Europe-Ecologie Les Verts, évoque un "retour en arrière de trois siècles"...
Pour autant, la droite ne désarme pas. A l'instar de Charles Beigbeder, qui vise la 8e circonscription de Paris...
Guéant et sa politique sur l'immigration très inspirée du FN, comme Beigbeder, ne sont pas le seul à l'UMP à multiplier les sorties destinées à flatter l'electorat FN. Brigitte Barèges, députée de la droite populaire, avait ainsi vanté le 14 janvier la préférence nationale. Elle avait déjà provoqué un tollé après le choix du PS d'autoriser le mariage homosexuel: «Et pourquoi pas des unions avec des animaux?»...
Une chose est sûre: la droite de gouvernement s'est visiblement sentie comme chez elle à la réunion de l'UNI. A commencer par un vieux routier de la droite décomplexée, Eric Raoult, responsable de l'UNI Paris I et Paris Assas en 1979...
Une sortie fidèle à ce syndicat, dont les tracts tout en nuances, à l'image de celui-ci, sorti à l'occasion du débat sur le vote des étrangers aux élections municipales qui avait enflammé le Sénat en décembre...
La thématique de la civilisation a toujours été l'un des sujets fétiches du FN. Ainsi, le 12 mars 2007, Jean-Marie Le Pen, en meeting à Lyon, justifiant le tryptique "travail-famille-patrie" cher à Pétain, l'ex-leader de l'extrême droite avait assuré qu'il fallait mener un «combat immémorial de la civilisation contre les barbares. La sécurité intérieure doit devenir une priorité, car la menace pourrait, demain, être intérieure»...
-
Syrie: la Russie et la Chine bloquent le vote de l'ONU
Revenir à la liste des articles
La Chine et la Russie ont opposé leur veto samedi à un projet de résolution du Conseil de sécurité de l’ONU condamnant la répression de la révolte par le régime en Syrie, malgré le bombardement de Homs dans lequel plus de 230 civils ont péri selon l’opposition.
Les 13 autres pays du Conseil ont voté en faveur du texte condamnant les «violations continues» des droits de l’Homme par le régime syrien et appelant à une transition démocratique après près de 11 mois de violences qui ont fait au moins 6.000 morts selon les militants.
Les Occidentaux avaient insisté pour que le vote ait lieu dès samedi, alors que la Russie avait répété qu’il ne lui convenait «absolument pas» et annoncé une visite mardi à Damas de son chef de la diplomatie, Sergueï Lavrov, pour tenter de trouver une issue pacifique à la crise.
«C’est une grande déception pour le peuple de Syrie et pour tous les défenseurs de la démocratie et des droits de l’homme», a estimé samedi le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon. Ce blocage, a déclaré le secrétaire général, «amoindrit le rôle des Nations unies et de la communauté internationale à un moment où il faudrait que les autorités syriennes entendent une seule et même voix appelant à mettre fin immédiatement à la violence contre le peuple syrien».
«En dépit du vote d’aujourd’hui, la communauté internationale et le peuple syrien doivent redoubler d’efforts pour trouver une transition politique vers la démocratie qui soit conduite par les Syriens eux-mêmes», a-t-il encore déclaré, soulignant que les Nations unies «sont disposées à travailler en étroite coopération avec la Ligue arabe et d’autres» pour y parvenir.
«La France ne restera pas les bras croisés»
Moscou et Pékin «portent une terrible responsabilité», a déclaré samedi le chef de la diplomatie française Alain Juppé.
«La France ne restera pas les bras croisés face au martyr du peuple syrien, a-t-il poursuivi. Elle va redoubler d’efforts et prendre de nouvelles initiatives pour appuyer les Syriens dans leur juste combat pour la liberté et la démocratie».
Avec ses partenaires, Paris «va se mobiliser pour rassembler les amis du peuple syrien autour de la Ligue Arabe afin d’appuyer le plan que celle-ci a proposé, qui demeure la seule voie pour sortir de l’impasse, pour faire cesser la violence et pour permettre aux Syriens de construire leur démocratie», a précisé M. Juppé.
Un peu plus tôt, sur France 2, le ministre avait exprimé son incompréhension face au double veto qui «paralyse la communauté internationale». «Je le comprends d’autant moins que nous avons fait beaucoup d’efforts pour accepter les amendements présentés par la Russie et par la Chine», avait-il noté.
Massacre dans la nuit de vendredi à samedi à Homs
Selon l’opposition syrienne, plus de 230 civils, dont des dizaines de femmes et d’enfants, ont été tués dans des bombardements de l’armée syrienne à Homs avant l’aube, l’épisode le plus meurtrier depuis le début de la révolte populaire en mars 2011.
La tuerie a été condamnée par les capitales occidentales, le président américain Barack Obama accusant le président Bachar al-Assad d’«attaques abominables» contre son peuple et l’appelant une nouvelle fois à quitter le pouvoir.
Damas a démenti avoir bombardé Homs, surnommée «la capitale de la révolution» et accusé l’opposition d’avoir elle-même incité «les groupes terroristes» à pilonner la ville pour influencer le vote à l’ONU.
Il était difficile d’obtenir des informations de source indépendante sur le bilan à Homs en raison des fortes restrictions imposées à la presse étrangère dans le pays.
Selon des témoins, le pilonnage a duré trois heures. Plusieurs bâtiments ont été détruits, d’autres sérieusement endommagés.
Les hôpitaux croulaient sous l’afflux des blessés. «Ils ont besoin de sang, de médicaments, de matériel médical, et beaucoup de blessés sont encore bloqués sous les décombres», a déclaré à l’AFP Ahmad al-Qassir, un militant à Homs.
Et pendant que certains recherchaient des disparus, des milliers d’habitants participaient aux funérailles de leurs proches, au son des prières dans les mosquées et des cloches des églises.
«Près de 200 martyrs seront enterrés dans le jardin de la Liberté» dans le quartier de Khalidiyé, a déclaré à l’AFP par téléphone Hadi Abdallah, militant du quartier.
Selon le chef de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane, le nombre des morts à Homs s’élève désormais à 237, dont 99 femmes et enfants.
Le Conseil national syrien (CNS), la principale coalition d’opposants, a pour sa part fait état de 260 morts et de centaines de blessés, parlant de l’un des «massacres les plus terrifiants» depuis mars.
Le bilan risque cependant de s’alourdir, dans la mesure où les hôpitaux manquent de tout pour soigner les blessés et que nombres de victimes sont encore bloquées sous les décombres, selon les militants.
Les chaînes arabes Al-Arabiya et Al-Jazira ont montré des dizaines de corps sans vie jonchant les rues de Homs.
Samedi encore, les forces du régime ont tiré sur une foule participant aux funérailles de victimes de la veille à Daraya près de Damas, faisant 12 morts et 30 blessés, selon l’OSDH. Neuf autres civils, dont deux enfants, ont péri sous les balles des troupes, dans la région de Damas et à Idleb (nord-ouest).
Les Frères musulmans, qui font partie du CNS, ont appelé à l’ouverture d’une enquête internationale et demandé à la Croix-Rouge internationale, «absente sur le terrain, d’agir immédiatement pour sauver les blessés».
A l’étranger, les violences à Homs ont suscité l’indignation.
Paris a estimé que le régime Assad avait «franchi un pas supplémentaire dans la sauvagerie» et Londres l’a accusé de «cynisme sans pitié».
De nombreux Syriens s’en sont pris à leurs ambassades, en particulier au Caire à Koweït, à Athènes et Londres. Et la Tunisie a annoncé qu’elle allait expulser l’ambassadeur syrien.
(AFP)
-
La vague de froid a fait au moins 260 morts en Europe
Revenir à la liste des articles
Le bilan de la vague de froid qui sévit depuis une semaine en Europe continuait à s’alourdir, atteignant au moins 260 morts samedi, particulièrement dans l’est, où l’Ukraine et la Pologne sont les plus touchées avec 167 décès à elles seules.
En Ukraine, on compte maintenant 122 morts, et les postes de secours d’urgence, où les plus démunis peuvent se réchauffer et recevoir un plat chaud, ont déjà accueilli 65.000 personnes, dont 12.000 depuis 24 heures.
Les températures, descendant jusqu’à -21°C dans la journée et -30°C la nuit, devraient toutefois s’adoucir samedi.
En Pologne, où le thermomètre a atteint -27°C dans la nuit dans le nord-est, le froid a fait huit nouvelles victimes, portant le total à 45.
La plupart sont des sans-abri, souvent alcoolisés. Les centres d’accueil viennent d’adoucir leurs règlements et acceptent des personnes en état d’ébriété.
La Bosnie était également paralysée samedi par la neige, avec un mètre de neige à Sarajevo.
Les présidents croate Ivo Josipovic et serbe Boris Tadic étaient bloqués dans un hôtel à Jahorina, une station de ski proche de Sarajevo, où ils ont participé vendredi à un sommet.
Des voitures étaient bloquées dans un tunnel du côté de Jablanica (sud) fermé par les avalanches, et une personne malade est décédée, l’ambulance n’ayant pu se frayer un chemin pour lui porter secours à temps.
Au Monténégro, le froid a fait un mort et la partie montagneuse du nord était isolée. La télévision montrait des secouristes luttant contre la neige et le vent pour approcher un tunnel routier où une centaine de personnes à bord de deux autocars étaient bloquées.
En Roumanie, le bilan de ces derniers jours était samedi de 28 morts, et des centaines d’écoles étaient fermées.
En Bulgarie, pays le plus pauvre de l’UE, le froid a tué 16 personnes, pour la plupart des villageois découverts gelés au bord de routes ou dans leurs maisons dépourvues de chauffage.
Le gel du Danube s’est accentué, avec 60% de sa surface prise par les glaces près du port de Ruse, entravant la navigation.
Le bilan de la vague de froid dans d’autres pays d’Europe de l’est était vendredi de 36 morts: 10 en Lettonie, neuf en Lituanie, sept en Serbie, six en République tchèque, deux en Grèce, un en Slovaquie et un en Macédoine.
En Russie, où les températures flirtaient à Moscou avec les -25°C et approchaient les -50°C en Iakoutie (Sibérie orientale), au moins 64 personnes sont mortes de froid à travers le pays depuis le 1er janvier, selon le bilan donné vendredi par les autorités, qui ne détaillent pas de chiffre pour la vague de froid actuelle.
Mais le froid n’a pas empêché des dizaines de milliers de personnes de manifester à Moscou, les uns contre, les autres pour Vladimir Poutine.
L’ouest du continent, où le bilan humain est moins sévère, n’est cependant pas épargné.
En France, deux personnes sont mortes de froid, deux malades d’Alzheimer qui étaient sortis et n’ont pas su rentrer. Le froid intense dans l’est et la neige et le verglas dans le nord et l’ouest plaçaient une grande partie du pays en état d’alerte, avec des températeures descendant jusqu’à -20°C à Reims et Mulhouse et des vents atteignant 30 km/h.
Les autorités redoutent également un pic de demande d’énergie auquel le réseau d’électricité ne pourrait faire face, et ont demandé aux usagers de modérer leur consommation.
Le géant gazier russe Gazprom a de son côté annoncé samedi qu’il ne pourrait assurer les livraisons supplémentaires demandées par l’Europe occidentale.
En Italie, les intempéries ont fait une sixième victime samedi, un sans-abri d’origine allemande. Rome était toujours pratiquement paralysée samedi après les chutes de neige qui ont affecté une grande partie de la péninsule, y compris la Sardaigne et la région méridionale de Naples.
Les températures ont frôlé les -30°C dans la nuit dans les Alpes piémontaises (nord-ouest), et à Venise la lagune a commencé à geler.
Mais le plus spectaculaire a été le véritable chaos provoqué vendredi à Rome par la neige, événement rare dans la Ville éternelle, dont le maire a décidé de fermer tous les services à part la police locale, les services sociaux et la protection civile.
L’Allemagne était toujours plongée dans le froid samedi, avec des températures sous les -10°C dans l’ensemble des villes du pays, et même -16°C à Berlin, et un syndicat réclamait pour les ouvriers travaillant sur les routes une prime exceptionnelle.
En Autriche, le thermomètre est descendu jusqu’à -28°C dans les montagnes du centre et du Tyrol (ouest), et un homme est mort de froid après un accident de voiture dans le sud, portant à quatre le nombre de victimes depuis le début de la vague de froid.
Au Royaume-Uni, la majeure partie du pays était en alerte samedi, avec des chutes de neige prévues notamment dans le centre et l’est de l’Angleterre.
Environ un tiers des vols prévus pour dimanche ont été annulés à l’aéroport londonien d’Heathrow en raison de la neige attendue à partir de samedi soir.
Environ un tiers des vols prévus pour dimanche ont été annulés à l’aéroport londonien d’Heathrow en raison de la neige attendue à partir de samedi soir.
En Espagne on enregistrait des -13°C avec des vents dépassant parfois les 100 km/h, et la Catalogne (nord-est) était sous la neige, ainsi que, fait rare, les îles Baléares.
(AFP)
-
Bayrou tente de séduire les profs
Revenir à la liste des articles
Après la lutte contre les déficits et le Produire en France, François Bayrou a présenté samedi ses propositions pour l’Education, troisième priorité de sa campagne, se posant en défenseur des enseignants contre la «démagogie» de ses concurrents François Hollande et Nicolas Sarkozy.
Le président du MoDem s’est exprimé lors du discours de clôture du deuxième des quatre forums programmatiques de sa campagne, consacré à l’Education, auquel participaient 700 personnes, selon les organisateurs.
«Nous avons l’intention d’installer le verbe "instruire" au coeur de la campagne électorale comme nous avons installé le verbe "produire"», a proclamé M. Bayrou en ouverture des débats.
«Ces deux verbes sont intimement liés» car «il n’y a pas de "réarmement" productif du pays si, en même temps, il n’y pas un " réarmement" éducatif. L’un soutient l’autre», a-t-il justifié.
C’est la raison pour laquelle, le leader candidat, qui a fait de la lutte contre l’endettement sa marque de fabrique en proposant notamment de geler les dépenses de l’Etat pendant deux ans, fera une exception pour l’Education dont il maintiendra «les moyens existants».
Mais la question des moyens «n’est pas la question clé», a-t-il estimé prenant ses distances avec François Hollande dont il juge peu réaliste la proposition de 60.000 postes supplémentaires.
Toujours soucieux d’équilibre dans ses critiques, il a taclé sans le nommer Nicolas Sarkozy qui entend redéfinir le métier et les missions des enseignants, suggérant qu’ils pourraient «accepter d’être plus présents dans les établissements» au delà des 18 heures de classe hebdomadaires réglementaires pour les professeurs certifiés et des 15 heures pour les agrégés.
«Ceux qui mettent en accusation» les enseignants «disant qu’ils ne travaillent pas assez, ne tiendraient pas deux heures en face d’une classe de collège», a-t-il lancé, en se disant opposé à la remise en cause du décret de 1950 qui définit leur statut. «La définition du temps de travail est légitime», a-t-il dit.
Dans la même veine, il a également dénoncé «l’idéologie dangereuse» de ceux qui prétendent changer le comportement des enseignants par «la carotte financière».
«Ils ne comprennent pas ces obsédés de la prime (et sans doute un jour de la sanction financière) qu’il est d’autres valeurs, d’autres raisons de vivre que l’argent, et ces valeurs, c’est à l’école qu’on les apprend», a-t-il lancé.
Contre la «réformite» de ses concurrents et prédécesseurs, l’ex-ministre de l’Education a opposé «un plan de progrès continu à long terme».
Son objectif: «faire entrer l’école française dans les cinq ans les dix premières du classement international pour la compréhension de l’écrit, du calcul, des connaissance scientifiques et de la lutte contre les disparités sociales».
Parmi ses priorités figure la maîtrise des fondamentaux: «je proposerai que tant que cela est nécessaire, 50% du temps scolaire à l’école primaire soit consacré à la maîtrise de l’écrit et à la langue française».
«Aucun élève ne doit entrer au collège sans qu’il soit garanti qu’il maîtrise la lecture et l’écriture. Et, s’il est en défaut, une pédagogie adaptée doit lui permettre de reconstruire son rapport à l’écrit», a-t-il ajouté.
Pour les élèves «en situation de rejet de l’école», «un collège hors les murs» avec des «pédagogies adaptées doit permettre une reconstruction», a-t-il dit sans en préciser la forme.
Parmi ses autres propositions figurent une révision des rythmes scolaires avec pas plus d’une trentaine d’heures par semaine, devoirs compris et la création baccalauréat d’excellence, à la fois littéraire et scientifique.
(AFP)
-
T'as vu Sarkozy avec les ouvriers?
Revenir à la liste des articles
Tous les samedis, Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts reviennent sur une très médiatique campagne présidentielle...
La lumière est parfaite. Le décor est idoine: un chantier de construction, dans l'Essonne, de 130 logements sociaux. Les figurants, d'un réalisme à vous faire passer le dernier Ken Loach pour Avatar 3D. Les dialogues, tellement vrais qu'on les croirait improvisés.Celui qui joue le président de la République s'avance, souriant, détendu comme on ne l'a pas vu depuis longtemps, serre les louches une à une, il a un mot pour chacun. A celui-ci, il montre sa connaissance de la construction par grand froid: «Eh oui, parce qu'on peut pas couler le béton.» Devant un autre, il compatit: «Ca change du pays, quand il fait moins de zéro». Faut-il préciser que l'ouvrier en face est noir? Une main allongée d'un portable est entrée dans le champ. Le plan s'élargit pour cadrer, à droite, le propriétaire de la main, et à gauche, le président de la République. Action.
[Extérieur jour, jeudi 2 février, le Président visite un chantier en région parisienne, il fait très froid, on entend les rires des ouvriers et le déclencheur des appareils-photo.]
L'ouvrier
Monsieur le Président, candidat ou pas candidat?Le Président
Candidat ou pas candidat... Caméra ou pas caméra? Caméra: pas de réponse [De sa main droite, il empoigne l'épaule de l'ouvrier]L'ouvrier
Le peuple veut le savoir...Le Président
Le peuple veut le savoir, hein? Mais le peuple, il enregistre pas aussi...L'ouvrier
C'est nous qui votons pour vous, on a besoin de savoir. On compte sur vous, c'est bon, allez-y.Le président
Hein, on se comprend. Voilà.L'ouvrier
Voilà. On s'est compris.Le président
Mais regarde... [de la main, il montre à l'ouvrier un micro à sa gauche]La scène est magnifique. Aussitôt tweetée, elle enfle et enfle encore, atterrit sur les chaînes infos jusqu'au 20 heures de TF1 jeudi soir où Laurence Ferrari gobe le bobard tout cru: «il a bien failli se déclarer, cueilli à froid par un ouvrier du bâtiment.» Ca a dû les faire frétiller, à l'Elysée: c'est dingue, le coup de l'ouvrier, j'y croyais pas et pourtant... Et gamberger, aussi: et si on la faisait comme ça, l'annonce? Tu vois le truc? Imagine, on est au salon de l'Agriculture, le PR visite les stands, modeste, sympa, humble... Un paysan s'avance, il lui faut un accent mais pas trop, un agriculteur jeune, moderne genre l'Amour est dans le pré: «Alors, monsieur le Président, à moi vous pouvez le dire que vous êtes candidat..». Là, le PR la joue à la Mitterrand 88. Un silence et puis: «Oui» .
Vendredi matin, au lendemain du sketch du chantier, Europe 1 dévoilait le décor en carton-pâte de la scène, les ouvriers rameutés de partout pour grossir les rangs autour de Nicolas Sarkozy et faire la claque. Il fallait bien telle mise en scène pour nous faire avaler le nouveau nouveau Sarkozy, l'humilité, l'homme du peuple, pas bling-bling pour un sou, simple, pas arrogant comme ce nez en l'air de Hollande. Dites, les gars de l'Elysée, votre scénar, il est gros comme un yacht de Bolloré.
PS: Ouais, t'as vu Hollande enfariné mercredi par une folle et Larcher s'endormir dans Des paroles et des actes jeudi soir, ouais, nous aussi, on a vu.
-
«Des gueux» à l’assaut du château de Bernard Arnault
Revenir à la liste des articles
«Avec ce froid, si on arrive à rassembler une centaine de personnes, on sera contents» prévenait hier soir, Christophe Miqueu, l’un des organisateurs de cette «marche des gueux» en direction du château Yquem, un premier cru classé considéré comme le meilleur vin liquoreux au monde.
Arrivés en convoi d’une trentaine de voitures, une centaine de militants du Front de gauche de Gironde se sont retrouvés finalement en fin de matinée ce samedi, au milieu des vignes de Sauternes à quelques centaines de mètres de l’entrée du château, propriété de Bernard Arnault. Dix minutes plus tard, des drapeaux rouges flottent sur les vignes gelées, des tables sont dressées sur des tréteaux pour un apéro chips-saucisson arrosé de vin... En cubitainer.
Avec cette «marche des gueux», les militants ont voulu marquer les esprits. «Les libéraux veulent que l’on revienne au temps de Zola. Nous on remonte carrément au Moyen-Age, au temps des gueux. Et on vient demander un peu d’argent au propriétaire du château, précise Francis Daspe, secrétaire du Parti de Gauche en Sud Gironde. Il ne faut pas oublier non plus qu’il y a un siècle ceux qui voulaient mettre à mal la République l’appelaient la Gueuse. Nous sommes les gueux de la Gueuse.»
«La fortune personnelle de M. Arnault est estimé à 33 milliards d’euros, poursuit Michel Hilaire, conseiller général et candidat aux législatives. Quand on pense que la TVA sociale doit rapporter 12 milliards d’euros. On va emmerder 65 millions de Français avec ça, alors que si on les prenait à Bernard Arnault, il lui en resterait encore 20 milliards.»
Distribution de faux billets
A ses côtés, Christine Texier, élue communiste de Bègles, distribue des faux billets de 500 euros affublés de la tête de Nicolas Sarkozy. «Si on ajoutait un billet comme celui-là au SMIC, ce serait déjà pas mal», souligne la militante en tendant ses grosses coupures. Lisa les accepte en souriant. Un seul vrai billet comme celui-là la dépannerait bien. Cette jeune femme de 34 ans est venue avec sa petite fille de quatre ans. La petite, en combinaison de ski pour affronter le vent glacial, se serre dans les bras de sa mère qui dépeint sa situation: «On vit de plus en plus difficilement. Je n’ai jamais connu le chômage mais j’élève seule ma fille et ce n’est pas toujours facile de faire face aux factures. Je touche un complément RSA alors que j’ai toujours travaillé. Psychologiquement, ce n’est pas facile non plus d’être tributaire de prestations sociales.»
Stéphane Denoyelle, militant communiste d’une quarantaine d’années, a lui aussi le sentiment de «faire partie des gueux. Nous formons cette classe populaire qui travaille et à qui on explique qu’il faut revoir ses ambitions. Il faudrait se serrer la ceinture et réduire les services publics alors que la richesse, il y en a dans ce pays. C’est ce que nous voulons montrer avec cette marche.»
Après quelques verres et ne voyant pas le châtelain se déplacer pour leur offrir quelques bouteilles de sa production, les «gueux» quittent les terres de Bernard Arnault pour rejoindre leurs fiefs plus modestes.
-
Des «dysfonctionnements» à la prison de la Santé
Revenir à la liste des articles
Télévision trop chère, procédures disciplinaires excessives, manque d’intimité aux parloirs: un rapport du contrôleur général des lieux de privation de liberté, dont l’AFP a pris connaissance samedi, épingle plusieurs dysfonctionnements observés à la prison de la Santé.
Le rapport fait suite à la visite menée, du 21 au 24 décembre 2009, à la maison d’arrêt de la Santé par le Contrôleur général des lieux de privation de liberté, Jean-Marie Delarue, et cinq contrôleurs.
Conçue au XIXème siècle dans le XIVe arrondissement, la Santé est le seul établissement pénitentiaire de la capitale. Au moment de la visite, la prison hébergeait quelque 660 détenus et 380 agents.
A l’issue de leur visite, M. Delarue et ses collègues formulent plusieurs observations. Ils constatent «la fréquence élevée du recours à un mode de coercition draconien en cas d’extraction» temporaire de la prison. Ce contrôle devrait être «appliqué avec un plus grand discernement», écrivent-ils.
En outre, observent-ils,«le nombre de procédures disciplinaires a doublé entre 2007 et 2009 sans commune mesure avec l’évolution des effectifs».
Dans une réponse à cette visite, le garde des Sceaux Michel Mercier a rétorqué que si les procédures disciplinaires augmentent, c’est que «parallèlement, le nombre des infractions progresse».
Le contrôleur des prisons pointe également «les conditions de visite des proches aux parloirs, liées à la piètre qualité des lieux», et qui souffrent selon lui «d’une absence d’intimité préjudiciable à la qualité des échanges».
Quant au coût de location des téléviseurs (8,38 euros par semaine, soit 38 euros par mois), il est «prohibitif», n’hésite pas à dire le rapport.
Pour sa défense, le ministère de la Justice précise que ce coût a été abaissé à 5 euros par semaine en 2010 et 2011 et, devait, à partir de janvier 2012, passer à 8 euros par mois et par cellule.
Fin janvier, la cour administrative d’appel de Paris a sanctionné les conditions de détention à la Santé et octroyé 1.500 euros de dommages et intérêts à trois détenus qui se plaignaient d’avoir dû occuper des cellules collectives de 12 m2, partagées avec trois autres prisonniers et comprenant un WC commun.
(AFP)
-
Depardieu dans le rôle de DSK
Revenir à la liste des articles
Le réalisateur américain Abel Ferrara entend bien tourner avant l’été un film sur l’affaire «DSK» avec Gérard Depardieu et Isabelle Adjani, a-t-il assuré au quotidien Le Monde.
«Ce sera un film sur la politique et le sexe avec Depardieu et Adjani» déclare le réalisateur cité par le journal, précisant qu’il tournera à Paris, Washington et New York.
«Dans tous les spots (lieux) de pouvoir en fait: c’est un film sur des gens riches et puissants», poursuit-il.
Maintes fois annoncé et démenti depuis novembre, le film reviendrait sur le scandale sexuel qui a contraint au printemps dernier Dominique Strauss-Kahn à démissionner de ses fonctions à la tête du FMI.
Son personnage serait confié à Depardieu et celui de son épouse, Anne Sinclair, à Isabelle Adjani.
La société de production Wildbunch qui produit le dernier Ferrara («4:44, Last Day on Earth») est associée depuis le début à la rumeur et l’avait fermement démentie en décembre: «Il n’y a aucun projet en production de ce type», assurait à l’AFP le directeur de Wildbunch Vincent Maraval.
Il précisait même: «Abel Ferarra est actuellement en train d’écrire un scénario autour du monde politique, la faiblesse de l’homme politique à la fois tout-puissant et paumé, misérable dans sa vie personnelle… La rumeur est partie de là».
Mais cette fois, contacté par Le Monde, M. Maraval est plus nuancé: «C’est vrai qu’on aimerait qu’Abel tourne en juin, mais il a quatre projets en tête et nous n’avons pas encore arrêté notre choix».
Selon Abel Ferrara, «Vincent ne veut pas parler de ce projet c’est normal, c’est le producteur. Mais je suis le réalisateur! Personne ne va m’empêcher de parler de mon film».
Son scénario serait déjà écrit, «nourri de ce qui a pu sortir dans la presse autant que de ses propres sources: +J’ai mes flics à moi+», dit-il, assure le journal.
Quant à Depardieu, Ferrara l’a rencontré à Deauville en septembre 2011 et le trouve «génial»: «Il est tout ce qu’un cinéaste peut attendre d’un acteur» confie-t-il.
(AFP)
-
Essais nucléaires en Polynésie: le décret indemnisant les victimes enfin prêt
Revenir à la liste des articles
Nicolas Sarkozy a annoncé samedi matin dans une vidéo aux Polynésiens (vendredi soir heure Polynésienne) que «le nouveau décret» reconnaissant et indemnisant les victimes des essais nucléaires en Polynésie française «est aujourd’hui prêt» et «sera publié sans attendre».
Une loi avait été promulguée en janvier 2010 sur la reconnaissance et l’indemnisation des victimes des essais nucléaires effectués par la France entre 1960 et 1996, auxquels ont participé quelque 150.000 civils et militaires.
«Dès 2007, j’ai souhaité que ce sujet soit mis sur la table, et que l’Etat reconnaisse et indemnise les victimes des essais nucléaires. C’est le cas avec la loi du 5 janvier 2010, qui est une loi historique pour la Polynésie française», a rappelé le président de la République dans sa vidéo aux Polynésiens.
«Je vous avais promis d’assouplir les conditions d’application de cette loi, afin que l’ensemble de l’île de Tahiti soit couverte, et que la liste des maladies retenues soit élargie. Le nouveau décret est aujourd’hui prêt, et dès que les associations locales auront été consultées, ce décret sera publié sans attendre», a-t-il annoncé.
M. Sarkozy souhaite, sur ce sujet, «que nous puissions regarder en face toute notre histoire, sans en occulter les éventuelles zones d’ombre».
«C’est la raison pour laquelle j’ai demandé aux ministres concernés de permettre aux historiens d’avoir accès à l’ensemble des archives disponibles sur "POUVANAA A OOPA". Pour ma part, j’autoriserai la consultation des documents contenus dans le fonds "FOCCART". Nous verrons bien, à la lumière de ces archives, si un procès en révision se justifie», a-t-il ajouté.
(AFP)
-
Première victoire pour Saint-André à la tête du XV de France
Revenir à la liste des articles
Le XV de France, vice-champion du monde en titre, a entamé le Tournoi des six nations 2012 par une facile victoire (30-12) contre l'Italie (mi-temps: 15-6), pour les débuts de Philippe Saint-André à la tête de l'équipe nationale, samedi au Stade de France.
Les Français, pour leur première sortie devant leur public depuis la finale du Mondial-2011 perdue (8-7) contre la Nouvelle-Zélande le 23 octobre à Auckland, ont inscrit quatre essais aux Italiens, vainqueurs (22-21) de la dernière confrontation à Rome en mars 2011.
Deux essais d'Aurélien Rougerie et Julien Malzieu et cinq points au pied de Dimitri Yachvili procuraient aux Français neuf points d'avance à la pause. Les Italiens, entreprenants pour leur premier match sous la direction de l'entraîneur français Jacques Brunel, devaient se contenter d'un drop et d'une pénalité de Kris Burton.
L'ouvreur italien rajoutait une pénalité à la reprise avant la réplique de Yachvili et l'essai de Vincent Clerc, qui est devenu le deuxième meilleur marqueur de l'histoire du XV de France (32 essais), à égalité avec Philippe Saint-André. Yachvili transformait.
Après une pénalité italienne de Matias Botes, le centre clermontois Wesley Fofana inscrivait le quatrième et dernier essai français pour sa première sélection.
La première journée du Tournoi se poursuit samedi avec Ecosse-Angleterre, puis dimanche avec Irlande - pays de Galles. Samedi prochain, le XV de France reçoit l'Irlande au Stade de France.
(AFP)
-
Noirs : des historiens mettent fin au black-out
Revenir à la liste des articles
En publiant «la France noire», beau livre sur les liens entre la métropole et ses colonies depuis trois siècles, Pascal Blanchard montre que la France a été bien plus ouverte à ses minorités.
L’intégration et la diversité, un défi pour la France en 2012 ? Voilà bien le genre de question qui peut faire bondir Pascal Blanchard. Cet historien est déjà l’auteur de plusieurs ouvrages sur la question coloniale, et l’immigration, à travers lesquels il n’a eu de cesse d’interroger l’imaginaire associé à ces minorités d’autant plus «visibles» que la couleur de leur peau les identifient d’emblée comme venant d’ailleurs. Mais c’est l’ouvrage récemment publié sous sa direction et consacré à l’histoire des Noirs de France (lire ci-dessous), qui constitue peut-être l’étude la plus surprenante jamais consacrée à ces «étrangers de l’intérieur» : Africains ou Antillais, immigrés ou descendants d’immigrés, installés en France depuis bien plus longtemps qu’on ne nous le laisse croire. De Pap NDiaye à Catherine Coquery-Vidrovitch, d’Achille Mbembe ou Elikia Mbokolo à Françoise Vergès, nombreux sont les auteurs de référence qui ont cosigné les chapitres de ce livre «écrit à vingt mains». Comme dans les documentaires diffusés sur France 5 (lire page ci-contre), on y découvre des faits souvent oubliés, qui éclairent différemment les débats toujours brûlants, et si souvent manipulés, de l’intégration, et de la citoyenneté. Alors que l’étranger, l’Autre, «l’immigré qui fraude» restent les proies faciles des surenchères électoralistes à venir, un petit retour sur le passé remet quelques pendules à l’heure. Entretien avec Pascal Blanchard.
Pourquoi publier la France noire aujourd’hui ?
D’abord, parce qu’on n’aurait pas pu le faire avant. Aucun éditeur n’aurait pris le risque de mettre autant de moyens pour faire un beau livre sur un sujet pareil, en considérant qu’il s’adresse à tous, et pas seulement aux Africains et aux Antillais. Vous avez remarqué qu’il n’y a toujours pas de rayon «immigration» dans les Fnac ? Mais l’opinion, elle, est en train de changer. Il y a une curiosité nouvelle, un état d’esprit qui refuse de tout ramener au communautarisme. D’ailleurs, le succès du livre, à peine publié, en témoigne. Nous avons aussi réalisé cette série documentaire qui passe sur France 5 et monté une exposition itinérante qui accompagne le livre. Dès la fin de l’année dernière, on a été submergé de demandes de la part des régions pour avoir l’expo.
Comment expliquez-vous un tel succès ?
C’est en partie dû à l’émergence d’une nouvelle génération. Ils sont d’origine africaine ou antillaise, mais leur vie se construit ici. C’est la première génération pour laquelle cet ancrage est aussi massif. Avec quelle identité ? A la différence d’un Polonais ou d’un Italien, dès qu’ils rentrent dans une pièce, ils sont tout de suite repérés comme venant d’ailleurs. Et puis il y a des gens comme moi, qui ont des copains noirs, qui ont banalisé cette réalité, sans en connaître l’histoire. Voilà quinze ans que je connais Pascal Légitimus, pourtant, j’ai longtemps ignoré que sa famille est en France depuis cing générations, que son arrière-grand-père était le premier député de la Guadeloupe à l’Assemblée et que sa grand-mère montait sur scène avec Joséphine Baker. Aujourd’hui, nous vivons la génération des éclaboussures impériales, celles des non-dits raciaux. Je ne veux plus être uniquement l’héritier d’une couleur : c’est ce que se disent beaucoup de jeunes Noirs en France. On a toujours l’impression qu’ils viennent d’arriver, alors que c’est une vieille histoire.
Et que nous apprend cette «vieille» histoire ?
Elle nous révèle qu’en 1750, quand un Noir rentrait dans une boulangerie, personne ne se retournait d’étonnement. Ils étaient déjà plus de 5 000 à l’époque ! Le premier député noir a été élu en 1793 ! Il y avait 46 Noirs à l’Assemblée nationale en 1950. A ce niveau-là, ce ne sont plus des exceptions. Aucun membre de l’UMP ne sait que le premier maire noir de France, Raphaël Elizé, a été élu en 1929 à Sablé-sur-Sarthe, la ville de François Fillon ! Et qu’on ne me parle pas de communautarisme ! Ce vétérinaire était le seul Noir de la commune, avec sa femme. Qui se souvient encore que Gréville-Réhache, un Antillais, est devenu vice-président de l’Assemblée en 1904 ? Comment ? En battant Jaurès pour le poste du perchoir ! J’en ai parlé à François Hollande : il y a plus d’un siècle, lui ai-je rappelé, les socialistes n’avaient aucun problème pour donner plus de voix à un Noir qu’à Jaurès. Et l’on veut nous faire croire que la diversité, l’intégration, c’est difficile ? Mais on l’a déjà fait il y a bien longtemps ! Conclusion : nous ne sommes pas en train de devoir inventer un système où la diversité doit trouver sa place. Ce pays a même été pendant longtemps la seconde patrie des Noirs. Le pays de la liberté. L’écrivain américain Richard Wright est venu ici car dans son pays natal, il ne pouvait ni être publié, ni s’asseoir à une terrasse de café, ni fréquenter des femmes blanches. Au début du siècle, ce n’était pas possible aux Etats-Unis. L’Arabe un peu fourbe dans le film Pépé le Moko ? C’est un Noir, Habib Benglia, né en Algérie et originaire de Tombouctou, qui a eu une carrière phénoménale, avec plus de 75 films à son actif. Où en est-on aujourd’hui ? Il n’y a qu’un seul maire noir en France, et une seule députée, George Pau-Langevin (lire ci-dessous), en dehors des représentants des DOM-TOM. On a régressé.
Comment expliquez-vous cette régression ?
Nous vivons dans un pays où, négrophilie et négrophobie se sont toujours succédé. Napoléon a ainsi expulsé plus de Noirs qu’Hortefeux. Mais la France, c’est aussi le pays qui a inventé le vivre-ensemble en tant que modèle de société. Le vrai problème, c’est l’ignorance du passé qui véhicule des idées reçues. Il y a un an, un sociologue, Hughes Lagrange, a fait carton plein en affirmant que les immigrés africains avaient une incapacité culturelle à s’intégrer. Il a été interviewé pendant sept minutes au JT de France 2. Aucun chercheur n’avait eu autant de temps d’antenne à un JT sur le thème de l’immigration depuis Pierre Bourdieu, il y a quarante ans ! Il a fait tous les médias et pas une seule fois ne s’est vu objecter : Mais attends, de quoi tu nous parles ? Elle est où ta perspective historique ? Tu nous parles des Nègres qui débarquent de la savane, alors que ça fait trois siècles que les Noirs s’intègrent en France ?
Le premier Noir sorti de Polytechnique, c’était en 1853. Ils sont quand même 18 sur la photo de la dernière promotion de l’ENA. Bien sûr, il y a des problèmes avec les nouveaux arrivants. Moi aussi, si j’émigre demain au Mali, mes enfants ne seront peut-être pas premiers de la classe en bambara. Toutes les nouvelles vagues d’immigrations connaissent ça. Mais l’histoire des Noirs dans ce pays ne se résume pas aux derniers arrivants. Sauf qu’on ne l’a pas appris à l’école.
Quelles leçons doit-on tirer de cette histoire effacée ?
Elle n’a pas été effacée, ça supposerait qu’il y a une intention de la faire disparaître. C’est plus compliqué. Il n’y a pas assez d’universitaires encouragés à travailler sur ces sujets en France, ils partent tous aux Etats-Unis. Il y a aussi les parents qui n’ont pas voulu, ou su, partager cette histoire. Or il faut casser tous les mythes. Quand j’entends les sans-papiers qui revendiquent l’héritage des Noirs morts dans les tranchées, c’est n’importe quoi ! Il y a eu plus de Bretons que de Noirs qui sont morts dans les tranchées. Il faut arrêter avec ce discours, cette victimisation. Comme le disait la chanteuse Rokya Diallo, «mon père n’a pas rasé les murs. Il s’est battu pour ses droits, son identité». Le combat social le plus important après Mai 68 ? La grève des foyers maliens qui a duré cinq ans. Quand dix ouvriers maliens meurent à cause d’un réchaud pourri dans la nuit du 31 décembre 1969 au 1er janvier 1970, Sartre et Rocard vont à l’enterrement et prononcent un discours incroyable. Mais on l’a oublié, le mouvement ouvrier et la gauche l’ont oublié, et aucune plaque ne commémore cet événement à Aubervilliers.
Est-ce que la gauche a quand même été le meilleur rempart contre le racisme ?
La gauche a historiquement défendu les colonies. Elle revendique le «tous égaux» mais elle reste ambiguë sur la différence, le fait qu’on peut être égaux sans être semblables et que de toute façon, il existe une inégalité juridique de fait. Elle ne sait pas gérer certains défis. Or aujourd’hui, il y a une génération qui n’aime plus la France et que la France n’aime pas. Ce sont les jeunes des banlieues déshéritées. Peut-être faudrait-il aussi leur rappeler que ça fait trois siècles qu’on se fréquente et qu’on s’aime ? Il n’y a qu’à voir le succès qu’a connu le film Indigènes [sur des soldats maghrébins de l’armée française, en 1943, ndlr] dans les quartiers, avec les familles rassemblées devant l’écran, pour se rendre compte de ce besoin de mémoire partagée.
Un film comme Intouchables permet-il aussi de favoriser ce dialogue ?
C’est un film avec des clichés, qui a pourtant deux qualités : il se termine bien et donc montre que le rapprochement est possible. Ensuite, pour la première fois, il permet à un Noir de tenir la tête d’affiche, d’être bankable. C’est à ce genre de choses qu’on sent l’évolution des mentalités. Mais la France reste un pays paradoxal. La seule nation à majorité blanche qui désigne comme personnalité préférée un métis africain, Yannick Noah, et qui en même temps agite régulièrement le spectre de l’impossible assimilation des immigrés africains.
-
Briser la glace avec les SDF du bois de Boulogne
Revenir à la liste des articles
Face au danger mortel des grands froids, des équipes de la Ville de Paris arpentent nuit et jour cette zone pour tenter de convaincre les sans-abris qui y vivent de rejoindre des centres d’accueil.
Par WILLY LE DEVIN Photos Vincent Nguyen. Riva press
Jeudi soir, les prévisions annonçaient une des nuits les plus froides de la décennie. Elle le fut. Rendant l’existence encore plus rude au peuple du bois de Boulogne, en lisière de Paris. «Ce soir, on va chercher des gens en danger de mort immédiate», avertit Eric, membre de l’Unité d’assistance aux sans-abri (UASA), 33 agents dépêchés à l’année par la ville de Paris. «On ne dormira que lorsque l’on aura mis le maximum de personnes au chaud dans les gymnases spécialement aménagés pour le plan grand froid.» Il est 22 heures, il fait déjà - 5 °C et un méchant vent glace les os.
L’équipe décolle, emportant des kits de duvet pour «les irréductibles» : ceux qui, en dépit de toutes conditions dantesques, ne quitteront jamais leur tente. Composée de trois maraudeurs spécialistes de la zone et d’un coordinateur, elle commence par visiter un campement rom. La veille, une famille avec un enfant de 3 ans a accepté de quitter le camp pour filer à l’hôtel.
Apeurés. Il s’agit désormais de convaincre les autres, un peu apeurés par les uniformes que portent les agents de l’UASA. Bleu nuit avec des liserés fluorescents, on dirait la police. Sentiment renforcé par l’éclairage à la lampe torche. Les premiers mots de Sylvie, autre membre de l’équipe, sont savamment choisis : «No police, no police, nous sommes la mairie de Paris. Est-ce que tout le monde va bien ? Y a-t-il des enfants ?» Quatre hommes s’extirpent difficilement d’une tente. Laisser les bagages sans surveillance les embête, mais la température est visiblement un cas de force majeure. Ils acceptent. Dominique, le coordinateur, appelle une camionnette en renfort. Ils passeront la nuit au centre sportif Montherlant, situé à deux pas de l’imposante ambassade de Russie.
Pour les maraudeurs, c’est une première victoire. «Si nous ne venions pas les voir tous les soirs, jamais ils n’auraient dit oui. L’UASA maraude 365 jours par an, été comme hiver, de jour comme de nuit, il n’y a que ça qui paye. Parfois, on met des années à tisser une relation. Par fierté, certains SDF ne daignent même pas nous regarder au début. Et puis, ils finissent par accepter un café et un brin de causette. Chacun va à son rythme», raconte Eric. Il est l’heure de passer voir Bernard. Pour atteindre sa cabane, il faut s’enfoncer beaucoup plus profondément dans les broussailles. «Il s’est un peu isolé pour être tranquille. C’est son coin à lui», détaille Sylvie. Dès les premiers échanges, on sent poindre une relation privilégiée. Les blagues fusent dru. Sylvie est raillée pour de supposés kilos en trop. Eric prend des nouvelles des perspectives de relogement de Bernard. Grâce au suivi social de l’équipe, il a réussi à réenclencher le versement de sa pension de retraite. Une sortie de rue définitive semble envisageable pour la fin de l’hiver. «Bernard, c’est une figure. Ça fait vingt ans que je maraude sur le bois de Boulogne, je l’ai toujours connu. Même s’il est relogé à 150 bornes de Paris, je continuerai à aller le voir !» s’enthousiasme Eric.
Minuit. L’hiver en remet une louche : -8 °C. En ressenti, ça descend à -14 °C. L’encre du stylo gèle et les pognes font mal. C’est aussi l’heure à laquelle l’équipe se fige dans l’inquiétude. «Le Provincial» a disparu. Il s’agit d’un jeune arrivé dans le Bois l’an dernier, et qui avait planté sa toile à côté du barrage de Suresnes. Malgré le bruit provoqué par le tumulte des flots, il y était quasi sédentaire. A 5 mètres de là, de l’autre côté du grillage, c’est le camping de Paris. Des familles y vivent à l’année en mobile home.
(Quatre Roumains acceptent de passer la nuit dans un centre d'hébergement)
Labyrinthique. Dominique passe un nouveau coup de fil. Même l’unité de jour ne l’a pas vu. «Ça fait quarante-huit heures déjà, ce n’est pas bon signe», lance Eric, le ton grave. La mission de demain sera de le retrouver à tout prix. Tâche ardue, tant les artères traversant le Bois s’entremêlent de façon labyrinthique. Pour se repérer, le plus simple est encore de se rapprocher de l’allée de la «Reine-Margot». C’est l’axe de la prostitution. A 1 heure du matin, la circulation y est encore assez dense, les BMW en warnings se succèdent au bord du trottoir. Drôle d’endroit pour élire domicile. C’est pourtant le choix de M. Dorchier. Sur le chemin de sa cahute, c’est peu dire que l’équipe dérange. Un jeune détale. A ses trousses, un travesti à l’accent hispanique vocifère : «Comment veux-tu que je te suce si tu détales comme une gazelle ?»
Malgré l’agitation, M. Dorchier dort à poings fermés. Pour bien délimiter ses terres du champ de bataille alentour, il a mis du ruban de chantier partout. Sylvie le réveille en douceur et s’interroge sur son état de santé. Sa toux fait craindre l’imminence d’une pneumonie. Pourtant, le moral est bon. Il tente de se faire domicilier officiellement par la mairie de Boulogne pour recevoir son courrier. L’UASA promet de l’accompagner dans ses démarches.
2 h 30. Il faut encore passer voir «l’Allemande» pour lui livrer un repas chaud. Mais l’heure des comptes a sonné. Sept personnes au total ont été conduites en gymnase. «Une petite nuit», dit Dominique. Qui retournera au front dès demain, «car chaque saison a ses problèmes. Chaque hiver, il fait froid, même si ces temps-ci sont spectaculaires. Au printemps et en automne, le souci c’est l’humidité. Et en été, la déshydratation. La misère ne prend pas de vacances».
Revenir à la liste des articles
- Libération Expresso ?
Expresso est le concentré de Libération destiné aux téléphones et terminaux mobiles. Servi toutes les 30 minutes, Expresso vous permet d'emporter partout, avec vous, les dernières nouvelles de Libération. - Comment ça marche ?
Emportez Libération Expresso partout o&ucute; vous allez. Avant de partir, rendez-vous sur la page http://iphone.liberation.fr depuis votre téléphone portable ou votre terminal mobile ; chargez les 12 dernières infos. Emportez-les avec vous, et lisez-les en mode déconnecté où vous voulez, quand vous voulez. - Ça ne marche que sur les iPhones ?
Libération Expresso est particulièrement adapté à l'iphone mais le service est évidemment disponible sur la grande majorité des téléphones et terminaux mobiles disposant d'un navigateur web supportant le Javascript et d'une connexion GPRS, EDGE ou 3G.

